READING

Laure Gnagbé Blédou, de la plume à l’action...

Laure Gnagbé Blédou, de la plume à l’action

Laure Gnagbé Blédou avec les 4 autres finalistes de l’édition 2016 du concours Writivism.

La première fois que j’ai rencontré Laure Gnagbé Blédou c’était il y a quelques années, sous sa casquette de spécialiste en communication. On a collaboré sur un super projet de communication à travers le blogging qu’elle avait monté pour une entreprise de téléphonie mobile à Abidjan. On s’est découvert de nombreux points communs, et sa fraîcheur, sa sincérité et son professionnalisme ont rendu notre relation professionnelle unique.

Depuis quelques temps, je lui découvre d’autres casquettes : la mordue de Twitter, l’activiste littéraire et l’écrivain qui fait (enfin!) son coming out. Elle est, en plus, citoyenne de Jolieville. Il était donc temps qu’on lui passe la plume pour qu’elle se dévoile.

Laure, l'activiste

#AtalakuTime

Dans la vie Laure Blédou est une experte en communication et gestion de projets, mais dans la vraie-vraie vie, elle est une passionnée engagée.

Je lis et écris jour et nuit, j’agis pour donner une autre image de la Côte d’Ivoire et des pays africains et, à mon échelle, je plaide et œuvre pour un féminisme opérationnel.

Elle dit n’avoir ni don ni potion magique. Il y a pourtant bien une source d’où elle puise cette énergie qui fait d’elle une travailleuse acharnée, friande de challenges.

Mes moteurs sont ma détermination, le soutien de celui et ceux que j’aime et l’inspiration de mes « modèles », qu’ils soient des grandes figures de notre humanité ou des activistes du quotidien.

Laure Gnagbé Blédou, lisant un extrait de sa nouvelle « Je ne suis pas rentrée » dans le cadre d’une soirée #LongStoryShort

Sous des airs de femme posée, Laure est une aventurière des temps modernes :

  • elle a contribué, au sein d’une rédaction dévouée au webjournalisme, à faire grandir le site du journal Le Nouvel Observateur.
  • elle s’est installée un mois à Kinshasa, avec un binôme extra, pour former une vingtaine de journalistes d’Afrique centrale à monter et animer des sites internet d’information. Elle était la seule femme et la plus jeune.
  • Elle a participé à la création de la chaine panafricaine, VoxAfrica, qui a aujourd’hui sa place dans le paysage audiovisuel.

En Côte d’Ivoire, pendant trois années incroyables, j’ai officié en tant que « responsable communication institutionnelle », puis « marque ». J’ai pu mettre en place un programme innovant de sponsoring de blogueurs, développer des campagnes 360°, piloter des célébrations d’anniversaire hors-normes, rencontrer des collègues formidables, et j’en oublie.

Cette année 2016, c’est un tout autre challenge business dans lequel Laure s’est engagé. Et même si elle ne peut pas encore tout dire pour l’instant, on sait qu’il allie ses passions pour la lecture et l’éducation.

 

Comme on dit au pays, « on est scotché comme chewing-gum tarzan en bas de tapette ». En bon français: « on est aux aguets ».

Laure Gnagbé Blédou, par Timothy N. Kalyegira, éditeur du Kampala Express, journal en ligne sur Facebook.

#WritivismFestival

J’ai découvert Writivism grâce aux nombreux Tweets de Laure sur la toile. Et comme j’aime écrire moi aussi, ce concours m’a interpelée.

Basé en Ouganda, Writivism organise chaque année le Writivism Festival devenu un rendez-vous reconnu de la littérature panafricaine, intégrant un concours de nouvelles. En 2016, pour la première fois, les Francophones pouvaient y participer.

Lorsque je l’ai appris, en janvier, j’ai eu envie de me lancer. Je lis énormément et écrit des textes depuis petite. Depuis plus d’un an, je travaille sur un projet de recueil de nouvelles. J’ai déjà vu passer un certain nombre d’appels pour des concours, mais celui-ci m’a appelée, happée.

Writivism késako?

Writivism est la juxtaposition des contractions de writing (écrire) et activism (activisme). C’est une organisation littéraire militante, montée par trois amis fous des lettres. Leur objectif est que tous ceux basés sur le continent africain qui aspirent à écrire puissent le faire, quelle que soit leur origines sociales et qualifications, et que l’écriture africaine contemporaine soit mieux diffusée, dans toutes ses langues et sous toutes ses formes (poésie, fiction, documentaire…).

Ses futurs projets

  • Un recueil de nouvelles.
  • Un festival littéraire pour l’année prochaine.
  • Membre du Comité d’organisation des conférences TEDx qui sera implanté pour la première fois à Bassam, en 2017.

Sur les 500 auteurs à avoir soumis des nouvelles – le critère principal était de ne jamais avoir été publié -, 21 ont été retenus pour être dans l’anthologie 2016. Une magnifique reconnaissance pour Raïssa Koné et moi, autre ivoirienne parmi les « longlisted ». Sur ces 21, 5 ont été sélectionnés pour venir à Kampala, dont moi. J’étais la seule Francophone invitée au Festival en tant que « shortlistée » (finaliste). Je cite volontairement ce terme car c’est ainsi qu’on m’a présentée pendant 8 jours ! Innocent Immaculate Acan a remporté le Grand Prix avec « SunDown ».

La nouvelle de Laure est encore en cours d’édition. L’histoire se déroule dans un restaurant, à Abidjan : une jeune femme s’apprête à révéler un secret à son père…

Cette photo du pont a été prise en Ouganda et Laure lui a donné le titre de « Wild » #PassionPont

#TwittoMania

Il est vrai que Twitter est mon réseau social préféré. Je l’utilise à la fois d’un point de vue professionnel (veille d’expertises, de tendances, de marques, partage d’informations, d’offres d’emploi, etc.) et militant. J’ai lancé les hashtags #MaCoteDIvoire et #CivGotTalent pour favoriser la création de contenu local et mettre en avant des personnes qui ont un impact. J’ai mené également une campagne #AfricaMatters pour que le marché africain bénéficie du même droit à l’information que les autres marchés de la part de l’entreprise Twitter. En vain. Cela ne m’arrête pas: « Découragement n’est pas Ivoirien »!

Ce que Laure pense des réseaux sociaux

Tout comme internet d’une façon plus large, les réseaux sociaux sont des outils puissants de communication et d’apprentissage qui sont en train de changer nos vies et nos modes de pensée. Avec Facebook, Twitter, Instagram, Linkedin, Snapchat… les personnes que j’aime et les sujets qui m’intéressent peuvent être à portée de clic. On peut se former, trouver un travail, dénoncer des abus, développer un business… Démocratisation des savoirs et abolition des frontières physiques sont pour moi les constituantes d’une révolution. Mais les réseaux sociaux ne représentent pas le monde « entier » et ne sont pas des cadeaux tombés du ciel. Facebook construit des algorithmes qui sélectionnent les informations à valoriser. Sur Instagram, les plats ne sont jamais brûlés, vu « depuis » Linkedin, tous les chefs d’équipe sont des formidables « leaders-faiseurs de talents-respectueux de l’équilibre entre le travail et vie personnelle »… Des pans de l’humanité non ou mal connectée n’y font pas entendre leur voix. La soif de réactivité peut gêner l’analyse et règne des « like » peut alimenter la pensée unique et la « single story ». Il faut donc apprendre à connaître et utiliser les réseaux sociaux comme un moyen de communication et d’information parmi d’autres, en sachant préserver sa vie privée et se déconnecter.

Réunion de préparation de l’événement #AbidjanLit.

Sa #PassionPont

Force de la nature, prouesses techniques, ouvrage collectif… Les travaux de la construction du Troisième Pont d’Abidjan fascinaient Laure. Elle prend alors l’habitude de prendre des photos régulièrement qu’elle publie sur les réseaux sociaux chaque vendredi.

C’est devenu un rendez-vous m’aidant à faire le point sur la semaine écoulée et, de vendredi en vendredi, en cherchant des titres à mes images, en mettant des mots sur mes émotions, j’ai réalisé que ma vie était liée aux ponts : Le pont que je traversais chaque matin pour rejoindre les beaux quartiers de mon école privée, les ponts parisiens où j’ai vécu 1001 aventures, le pont de Brooklyn, que j’ai fait à pied avec mon bien aimé, celui de Lagos, le plus long du continent africain, parcouru quotidiennement lors d’un voyage au Nigeria hors du commun… Le pont que je représente entre deux cultures et différents mondes, etc, etc.

Depuis, cette #PassionPont est devenue un moyen de connexion. On lui en parle, on la questionne, on lui envoie des photos et cela ouvre des discussions infinies.

A chaque fois, je suis reconnaissante, inspirée et émue.

#JolieQuestions à Laure

Quelle est l’une des meilleures leçons apprises de ta vie, celle qui fait que depuis, tu n’es plus la même?

Il y a des coups durs dont j’ai beaucoup appris et des épisodes heureux qui m’ont construite aussi. Je dirais simplement qu’on ne finit pas d’apprendre. Y compris sur soi.

#EntenduABabi

Laure a aussi lancé sur Twitter le hashtag #EntenduABabi qui reprend des phrases et expressions, en français et en nouchi captées dans son quotidien, sans citer les auteurs des propos. On découvre alors une autre facette de la Côte d’Ivoire et de la francophonie: la rapidité avec laquelle la langue s’approprie l’actualité, d’autres référentiels culturels et historiques, les jeux de mots et les images qu’on utilise.

Quelle est l’expression ou le mot nouchi qui te caractérise le plus ? 

Tchié ! Mais ca c’est une question FRAR* ! Pour moi « pian », « dêh », « jusqu’eeennn » ou même « on est dans pain », c’est mieux qu’une émoticône pour bien faire passer l’émotion, l’attente ou la galère !

Jusqu’à maintenant, mon expression préférée c’est « qui m’a envoyé(e) ? ». Elle me vient spontanément à l’esprit quand je me retrouve dans une situation compleSSe.

Le Dico Nouchi de Laure

* J’aime vérifier les définitions des mots ou expressions et leur origine. Je partage ce lien pour ceux que cela intéresse http://minouils.blogspot.com/2010/02/il-y-avait-abidjan-un-jeu-radiophonique.html.

J’adore utiliser du nouchi à l’écrit : dans mes textes mais aussi dans mes conversations online.

Les mots qu’elle se murmure à elle-même : 

« Un homme n’est jamais fini avant la fin » – crédo du Staff Benda Bilili, un groupe de musique congolais à l’énergie et musicalité folles.

C’est une déclaration d’amour à l’humanité, qui donne de l’espoir, pourfend les jugements, et qui rappelle que la fin n’est pas toujours au moment où on le croit…

Sur un plan plus personnel, on m’a transmis cette philosophie : « Il faut sourire à la vie ». Je m’évertue à le faire. Et à la transmettre aussi.

Affiche de la première édition de l’événement #AbidjanLit.

Un petit trésor à partager avec nous? 

J’en découvre plein que je note dans mes petits carnets colorés :

  • de retour de Kampala, j’ai notamment lu, « Tropical Fish » de l’Ougandaise Doreen Baingana. On y découvre des tranches de vie de deux sœurs, des déchéances, des conquêtes, des histoires d’amour et de sexe et des ambitions laissées à la porte d’un bureau, un départ, le retour… La vie, si bien écrite.
  • J’ajoute un livre que je vais lire: « Petit Pays » de Gaël Faye. Il a commencé sa vie d’artiste avec le hip-hop. Sa mots et ses mélodies me touchent jusqu’aux os. Je sais que son livre sera une merveille.
  • Je vois trop peu de films et toujours avec du retard… Depuis l’année dernière, je reste marquée par l’amour destructeur raconté par Maïwenn dans « Mon Roi ». Je dois encore voir « La Permanence » d’Alice Diop et « Divines » d’Houda Benyamina.
  • Je suis enfin allée au restaurant « Mondial » la semaine dernière. Le travail de Christelle Vougoh et Franck Anet est pour moi une référence. Ce sont à la fois des rois de la gastronomie ivoirienne et des chefs de l’entreprenariat culinaire. Leur coucous aux fruits de mer est une œuvre d’art.

 

Arrêtez-moi, sinon, je peux en citer encore des dizaines et dizaines !

1er TEDxSalon organisé à Abidjan, en mars 2014.

Un autre Jolievillois que tu nous recommanderai d’interviewer?

Une seule personne ? Mais j’ai une liste aussi grande que le lac Bakré ! Allez, je joue le jeu et recommande quelqu’un pour qui j’ai eu un coup de cœur… sur Twitter. Nom de compte : Agathe_Powa pour des tweets à la fois drôles, sensibles, engagés et parfois énervés. Hâte de la lire ici.

Pendant le Writivism Festival, j’ai participé à 3 sessions de partage d’expérience d’écriture dans des écoles. Sur cette photo, je pose avec des lycéennes.

Suivre les trésors de Laure

Sur son compte Twitter avec mots-clés thématiques et photos:

  • pour la littérature : #ToRead #Lire&Vivre #LirePourVivre
  • pour la musique: #MusicIsLife #CoupDeBoost.

Merci Laure pour cet aparté. Tu fais désormais partie des « chevaliers du gbonhi de Jolieville ». Reprends notre plume quand tu veux. Ici c’est ta ville, c’est ta maison.

#OnEstEnsemble #CivGotTalent #Passion #Jolieville


RELATED POST

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

INSTAGRAM
On se insta ?!