Art & Culture in Africa
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Culture africaine : Les formules de salutations en pays Yoruba

J’aime beaucoup l’accent de mon ami Bayo. Dans nos échanges, notre langue de communication est l’anglais, la langue officielle de son pays, le Nigeria. Pourtant, il existe plus de 250 langues ethniques au Nigéria. Ses intonations, ses expressions imagées, ses onomatopées dévoilent un attachement particulier à sa langue natale, le Yoruba.

Le Nigéria et la Côte d’Ivoire sont des pays voisins, mais la différence de langue et de système nourrit notre ignorance sur le pays de l’autre et éloignent nos deux peuples.

Notre collaboration dernière m’a permis de me pencher davantage sur sa culture. Il y a ce qui est dit de la culture Yoruba dans les livres ou sur internet – et c’est un bon début – mais il y a ce qui est vécu par un originaire du peuple. Bayo est pour moi de la culture active, en mouvement. Il la vit, il la travaille, il la transmet et la propage.

Yoruba

Le terme Yoruba désigne à la fois la langue et le groupe ethnique, que l’on retrouve à l’ouest du Nigéria, au Bénin, au Togo, au Ghana et en Côte d’Ivoire. Chez nous, on appelle ce peuple les Anango. Le peuple Yoruba rassemble un grand nombre de groupes ethniques tels que les Ife, les Ketu et les Ijebu par exemple. Ils forment presque la totalité de la population de la ville de Lagos. Ils proviennent du royaume Oyo, qui fut l’un des grands royaumes et pouvoirs politiques d’Afrique occidentale qui prospérait notamment dans le commerce et les arts, avant la colonisation. Le nom Yoruba viendrait du terme « yo-ru-ebo » qui signifie « ceux qui font des offrandes aux *orishas ».

*Orishas : divinités de traditions religieuses Yoruba représentant les forces de la nature.

Adebayo Ibidapo Adegbembo, dit Bayo, est passionné de jeux et de technologie. Les jeux, normal, ça fait partie de son enfance. La technologie? C’est l’ouverture sur le monde qui construit demain. Ainsi, ce grand curieux se lance dans des études d’ingénieur et ressort diplômé de l’université de Lagos, au Nigéria. Le marché le plus peuplé d’Afrique voit arrivé un jeune ambitieux qui s’engage dans la programmation informatique et dans l’animation digitale. Observant ce qui se passe autour de lui, il examine les éléments qui enrichissent sa culture africaine. Il se passionne également pour l’écriture et l’art et décide de créer des jeux utiles alliant toutes ses compétences pour vulgariser la culture nigériane. Il fonde alors Genii Games Limited, une entreprise qu’il a lancé en 2012 et qui conçoit des jeux, des livres et des applications sur des thématiques liées à la culture, à la langue, aux contes et à l’étiquette pour les rendre accessibles et instructives aux petits et aux grands.

Notre mission est de stimuler l’intérêt des enfants (2-12 ans) pour des sujets liés à la culture africaine.

Durant l’année 2017, il a travaillé sur sa dernière application, YorubaIkini 101. Salutations, étiquettes et comptines, sont les sujets de cette oeuvre.

Les salutations ont une place très importante dans la culture Yoruba. Je disais à Bayo il y a quelques temps que grâce à son application je vais pouvoir parler Yoruba et connaître toutes les salutations pour briller en soirée.

« Tu n’y arriveras jamais ! » m’a-t-il lancé. « Nous avons des salutations pour tout ! »

Le respect des personnes âgées est une notion primordiale dans les salutations Yoruba. Chaque mot à son importance. Elles varient également en fonction de la personne à laquelle elles sont adressées, que ce soit à la gente féminine ou masculine, l’âge, le lien de parenté, ou le type d’alliance familiale… Si l’on s’adresse à une soeur, un frère, un père, une mère, un oncle, une tante, un vieille homme, une femme d’âge mûre, une jeune femme, un jeune homme, une petite fille, un petit garçon… les salutations diffèrent sensiblement en fonction de la personne mais également du temps, du moment de la journée, des circonstances de la vie quotidienne… Les salutations véhiculent également accueil, bénédiction, et affection. Effectivement, ça peut paraître complexe pour un profane.

De ce projet est né un livre bilingue (anglais-yoruba), disponible sur Amazon, et une application mobile accessible sur Google Play et App Store.

Ce qu’on a en commun Bayo et moi, c’est notre passion pour l’écriture et l’art, ainsi que notre perpétuel questionnement sur la façon dont on aimerait rendre la culture africaine plus accessible et comment en faire une promotion qui reflète son authenticité. Et bien sûr nos discussions nous ont entrainé un jour à cette collaboration. Bayo m’a demandé de travailler sur la traduction française de son application. Au delà de l’intérêt que je portais déjà à ce projet, travailler sur cette application a été une expérience amusante et enrichissante. Bayo m’a ouvert l’accès à sa culture. Il l’a mise en situation avec les différents scénarios qui demandent une formule de salutation Yoruba particulière. C’est d’autant plus plaisant que les scènes sont dessinées, animées, avec des personnages sympathiques auquel on peut facilement s’identifier. Il m’a mise en contact avec les chants et comptines Yoruba.

Le Nigéria nous avait déjà séduit avec ses belles tenues traditionnelles et le faste de ses mariages traditionnels, et nous avait également conquis avec son industrie du cinéma qui ne semble connaitre aucune limite dans sa conquête du monde. L’Afrique de L’Ouest semble aujourd’hui vibrer également aux bits et aux hits de la musique Naija avec les opus de Davido, Kiss Daniel et Sarkodie… pour ne citer qu’eux. Cette fois, avec le projet Yoruba101 Ikini, Bayo m’a fait découvrir une culture parmi la constellation de cultures qui coexistent au Nigéria. Il m’a fait savoir combien il y avait des différences culturelles au sein même du pays.

L’application est disponible en langues Yoruba, anglaise, française, espagnole et portugaise.

Travailler sur la version française m’a aussi rappelé combien une traduction littérale était insuffisante et incorrecte et limitée si l’on n’a pas de connaissances culturelles sur la langue d’origine. En effet, il était parfois délicat pour moi de savoir traduire certaines salutations car certaines expressions n’existaient pas forcément dans la langue française. Par ailleurs, un mot ou un élément caractéristique de la situation pouvait donner lieu à une toute autre traduction. Il nous a fallu échanger, il a fallu qu’il m’explique ce que voulait dire scènes, qu’il m’informe sur la tradition pour parfois savoir traduire une phrase correctement.

Bayo m’a ainsi entrainé dans un véritable voyage culturel à mesure que son personnage principal, Ade, m’entrainait dans son aventure qui le mène chez ses parents. Sur son chemin, il fait des rencontres et se retrouve dans des situations qui font appel à des salutations. Et c’est ainsi que l’on apprend et que l’on chante en Yoruba tout au long de l’histoire.

Ah oui, autre chose que nous avons en commun, Bayo et moi, c’est notre aventure Yali 2017 à Dartmouth College dans le New Hamsphire aux Etats-Unis, lors du programme Mandela Washington Fellowship. Une aventure humaine, riche et culturelle. Une aventure qui m’a fait tomber davantage amoureuse de l’Afrique, de ses différences, de ses richesses multiples, de son peuple. Une aventure fondamentalement humaine qui a doublé ma curiosité sur mon Afrique, qui a fait tomber mes idées préconçues, qui me fait envisager le monde comme accessible, étranger et commun à la fois, similaire et différent, complexe et abordable, mais surtout unique. C’est cette aventure qui a crée cette amitié ivoiro-nigériane sur laquelle nous nous sommes promis de renouveler notre collaboration dans de projets futures pour le bénéfice de notre continent sur lequel se rencontrent nos passions et ce croisent de jolis destins.

Yoruba101 Ikini


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