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Coups de coeur à la foire d’art contemporain...

Coups de coeur à la foire d’art contemporain africain AKAA 2016 de Paris

Une jolie nouvelle est apparue dans le monde de l’art: une foire dédiée à l’art contemporain et au design en direction de l’Afrique a vu le jour pour la première fois à Paris. « Also known as Africa » veut encourager le marché et offre aux galeries et aux artistes africains une nouvelle exposition.

AKAA a prit ses quartiers dans le centre culturel du Carreau du Temple à Paris dès le 13 novembre 2016 pour 3 jours de découvertes. Un endroit magnifique, idéal pour la mise en beauté du savoir faire africain. Ce rendez-vous permettait d’admirer les oeuvres d’artistes confirmés mais également de découvrir celles de nouveaux talents.

Also Known As Africa

La foire AKAA représente pour de nombreuses galeries africaines une opportunité de présenter le travail de leurs artistes sur le marché français, ce qui représente également une ouverture sur le marché européen. La foire a rassemblé 30 galeries – dont 17 africaines – et 123 artistes de l’univers de la sculpture, de la peinture, du dessin et de la photographie.

Entre originalité, sensations et émotions, le travail de certains artistes m’ont touchée. Voici mes coups de cœur.

De la profondeur chez Nobukho Nqaba

« Undibizela kuwe III » (2016) de la Collection Ndiyayekelela de Nobukho Nquaba

Les photographies de Nobukho Nqaba de sa collection Ndiyayekelela ce qui signifie lâcher prise – m’ont tout de suite interpellée et j’ai eu du mal à m’en détacher, saisie par la simplicité de la mise en scène, par les couleurs tranchées mais surtout par un message d’une certaine profondeur. Je suis resté un moment devant ses œuvres à essayer de décrypter sa pensée. Il y a quelque chose de particulier, une certaine mélancolie, une tristesse mêlée de détermination, une envie de s’en remettre… enveloppée de beauté, une beauté réservée, sensible, pudique…. Mais qu’est-ce ?

J’apprendrai plus tard que Nobukho Nqaba y raconte son combat après la perte de ses parents, des travailleurs immigrants de l’est de Cape Town où elle a été élevée. Elle utilise ces panneaux de tissus pour rappeler à sa mémoire son passé. Les mouvements qui dansent dans ses photographies symbolisent les sentiments de culpabilité et de confusion qu’elle ressent mêlés à la profonde affection qu’elle porte à ses parents. C’est comme si par son travail elle déclenchait une purification de son être à travers une décharge émotionnelle en revivant des événements bouleversants. C’est comme si elle tentait de conjurer un sort par la photographie. C’est pour elle une forme de catharsis et c’est toute l’intensité et la force qui résonnent dans la présence qu’elle donne à chacune de ses photographies.

Nobukho Nqaba raconte un bout de l’histoire de l’immigration avec ce tissu qui représente ce bout d’un « chez soi » qu’emportent ceux qui partent loin de chez eux.

Nobukho Nqaba devant ses oeuvres à AKAA

Crédit photo : compte Instagram @nobukhonqaba

Nobukho Nqaba est représentée par la Galerie Art meets camera.

Des couleurs chaudes chez Girma Berta

« Moving Shadows » (2016) de Girma Berta

Girma Berta est l’un de ces talents qui utilisent le design graphique pour faire ressortir ce que son oeil capte dans la rue. Basé à Addis Abeba, cet éthiopien utilise les nouveaux media pour mettre en valeur ses photographies, en tant qu’autodidacte né dans les nouvelles technologies de l’information.

Son moteur est de raconter les histoires quotidiennes des membres de sa communauté, des gens ordinaires, des travailleurs en les mettant en scène sur des aplats qui révèlent des instants de leur journée. L’association de ces techniques donne un formidable résultat riche en luminosité et en pureté.

Moi, qui aime les histoires, à chacune de ses photos j’imaginais les situations que les personnages étaient en train de vivre. Ils sont en mouvement. On ne sait où ils vont mais leur pas décidé semble indiquer qu’ils poursuivent leur chemin dans la lumière éclatante d’un destin coloré.

Girma Berta

Crédit photo : compte Facebook

Girma Berta est représenté par la Galerie Addis Fine Art

Du contraste chez Justin Dingwall

« Flux » de la Collection Albus (2015) de Justin Dingwall

Justin Dingwall, artiste sud africain, a présenté des pièces de son « Albus project », un travail mené en collaboration avec un mannequin et avocat albinos de Soweto, Thando Hopa. Justin Dingwall a voulu modifier le regard que les gens portent sur l’albinisme, un sujet encore tabou dans nos sociétés. En effet, dans certaines zones du continent les personnes atteintes d’albinisme sont encore persécutées et sacrifiées pour des rituels. Justin Dingwall veut attirer le regard des gens sur la beauté des Albinos. Il nous demande de changer de place pour voir autrement, pour voir la vie, l’humain, tout simplement.

On est complètement aspiré par cette beauté lactescente mise en valeur par des contrastes que l’on retrouve dans chaque oeuvre de la collection Albus. Ces portraits sont fins, oniriques et parlent de légèreté et de vie.

Justin Dingwall

Crédit photo : compte Twitter

Justin Dingwall est représenté par la Galerie Artco

De l'identité chez Ephrem Solomon

« Folk Memory Series 015 » de Ephrem Solomon

Ephrem Solomon est un artiste formé à la gravure traditionnelle. Il est né à Addis Abeba, en Ethiopie, où il vit et travaille.

Lorsque l’on regarde les œuvres d’Ephrem Solomon, on ne réalise pas qu’il peint sur du bois. On voit juste le personnage, ses yeux cafardeux, son sourire disparu, la mine grise. Chaque gravure du visage semble dessiner une épreuve de la vie. Des coups, des blessures, des cicatrices… Marqué au noir, le personnage est mis en relief sur fond coloré. Ephrem Solomon dessine des hommes et des femmes qui semblent vides, en survie, évoluant dans un univers dynamique, qui chante et qui danse.

L’artiste réalise des portraits inspirés de personnes qui l’entourent, des invisibles dans la société, qu’il grave sur du bois les rendant inoubliables à l’aide de techniques mixtes. Les expressions sont poignantes et les regards ne nous quittent plus. Ils s’imprègnent dans notre mémoire comme ils sont marqués sur le bois. Ils nous racontent leur drame, leurs larmes et leur combat.

Ephrem Solomon

Crédit photo : compte Twitter

Ephrem Solomon est représenté par la Circle Art Gallery

Un prix pour les oeuvres numériques de Siaka Soppo Traoré

« Dans Ce » de SIAKA SOPPO TRAORÉ : Œuvre Lauréate du Prix Orange de l’Artiste Numérique AKAA

Dans Ce.. 2016,tirage numérique sur diasec. © Siaka Soppo Traoré. Courtesy Galerie MAM

Siaka Soppo Traoré

Crédit photo : Jolieville

Siaka Soppo Traoré est représenté par la MAM Galerie (Cameroun) et la Fondation Donwahi (Côte d’Ivoire)

En marge de cette première édition, AKAA a organisé le Prix Orange de l’Artiste Numérique AKAAen collaboration avec le partenaire officiel de la programmation culturelle, Orange.

Cette distinction visait à récompenser un artiste travaillant la photographie numérique, la vidéo, ou dont l’oeuvre aborde le sujet du numérique.

C’est à l’artiste Siaka Soppo Traoré, originaire du Burkina Faso et travaillant au Sénégal, qu’est revenue cette distinction. Il a remporté le 10 novembre 2016 ce Prix avec un chèque de 8 000€ avec son magnifique travail autour de la danse dans sa collection dénommée « Dans Ce ».

Also Known As Africa

3 jours et c’est déjà fini. C’est en tout cas suffisant pour donner envie. L’appétit est attisé. On en redemande. Il faudra attendre l’année prochain. Mais peut-être que d’ici là, d’autres surprises combleront l’année. Le train est lancé. Chaque arrêt et chaque destination compte.


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