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AbidjanLit, pour l’amour de la littérature africaine

AbidjanLit Collectif est né de l’envie furieuse de contribuer à un activisme littéraire africain fructueux.

Cette semaine a lieu le troisième chapitre de AbidjanLit. Non, non, ceci n’est pas un livre … ou plutôt, si, c’est un livre, mais un livre spécial, un livre écrit à plusieurs mains, un livre virtuel et réel, un livre vivant, un livre événementiel, un livre de rencontres, un livre qui se lit en groupe, un livre qui se vit en communauté, un livre accessible à tous, même à ceux qui n’aiment pas lire.

C’est aussi un livre digital qui se lit en 140 signes sur Twitter, ou en photos sur Facebook, un livre qui vous questionne le week-end, un livre qui vous informe la semaine, un livre polyglotte, un livre qui change de thème à chaque chapitre mais qui raconte une seule histoire au final : celle de l’Afrique littéraire plurielle qui secoue les *congolos, celle qui bouscule les lignes avec les bons mots et les *gbayéments, celle qui valorise la littérature africaine écrite par des africains et accessible à tous.

Et cette affaire démarre à Abidjan pour conquérir le continent ! Tchié!!

J’avoue qu’ils ont réussi à me mettre dans leur marmite litéraire (me séduisant avec les bons-bons condiments littéraires). Leur démarche vise à combler le manque d’exposition de l’art littéraire dans le pays et souhaite donner envie de lire à tous. Comment s’y prennent-ils? Qu’est-ce qui les motive? Quelles sont leurs ambitions? Je suis aller creuser (en vrai, je les piste sur les réseaux sociaux, je *côcô leurs virées, j’ai collé mes lunettes Jolievilloise sur leur événement, je les ai questionné… Bref! J’ai fait ma collante quoi! )

Ainsi, j’écris là mon premier chapitre sur AbidjanLit et sur ces agitateurs du livre, car l’aventure ne fait que commencer.

Le voyage en terre littéraire africaine, qui prend sa source en Côte d’Ivoire, a démarré. Et ça promet!

Dictionnaire Nouchi

*congolos : la tête, les esprits.

*gbayéments : (ici) des propos pertinents.

*côcô : s’immiscer

#AbidjanLit

Ils sont 5. Cinq fous furieux. 4 femmes et 1 homme. 2 écrivaines engagées, 3 lecteurs passionnés. Tous africains, aux cultures métissées qui bouffent du lion au petit déjeuner !

Enthousiasme, passion, yeux pétillants, larges sourires, ils affichent les mêmes symptômes. Dès qu’on les taquine un petit peu sur le sujet, on sent l’adrénaline leur monter au visage. Une affection qui va de pair avec leur inclination pour la littérature. C’est certainement ce carburant naturel qui explique qu’en l’espace de 2 éditions seulement, AbidjanLit se positionne déjà comme l’un des rendez-vous littéraires incontournables de notre Jolieville.

Laure Gnagbé Blédou, Edwige-Renée Dro, Sarah Mody, Cyriac Gbogou et Sophia El Hajaj Gnassounou sont les joyeux mousquetaires de Abidjan Lit Collectif, initiateurs des rencontres littéraires #AbidjanLit.

Vente de livres africains à AbidjanLit

Crédit Photo : Abidjan Lit Collectif

Le Collectif Abidjan Lit là, c'est quoi même ? Pouvez-vous nous donner chacun votre propre définition ?

Sarah Mody :

Il s’agit d’un cocktail explosif d’amoureux de la littérature sous toutes ses formes, dans tous les lieux et une envie de partager cette passion avec le plus grand nombre. Lire, écrire pour repousser l’horizon, dépasser nos limites, décupler nos imaginaires et créer du liant. Et oui, le livre a tous ces pouvoirs !

Cyriac Gbogou :

C’est aussi penser autrement la littérature afin de la rendre accessible à tout le monde mais avec une petite touche africaine, bien de chez nous.

Laure Gnagbé Blédou :

Je rajouterai que le nom exact est Abidjan Lit Collectif. L’ordre est important car l’acronyme est « ALC ». Notre rôle est de donner envie de lire, en mettant la littérature au centre des vies et dans le cœur des villes, quitte à l’imposer ! On veut que les livres aient plus de place que les télévisions dans les salons, qu’ils soient trimbalés dans les sacs à mains, sac de plage et de sport, qu’ils soient jalousés par les doudous dans les chambres d’enfants, qu’ils nourrissent les conversations autant que les *kpakpato, qu’ils tombent plus souvent dans les toilettes que les téléphones portables.

Dictionnaire Nouchi

*kpakpato : rapporteur, commère, paparazzi.

Les membres de Abidjan Lit Collectif avec leur invité

Crédit Photo : Abidjan Lit Collectif – Les membres du Collectif avec @abdallah_td

Sophia El Hajaj Gnassounou :

Abidjan Lit est une sorte de cercle de lecture et de partage qui rassemble des lecteurs de tous genres, assidus ou non, pour (re)découvrir ensemble la richesse de la littérature africaine et ses auteurs. Le Abidan Lit Collectif se veut réellement ouvert en accueillant à la fois des passionnés mais aussi des novices et voir des réfractaires à la lecture. Notre initiative veut promouvoir une vision du livre, non pas élitiste mais ouverte à tous, traitant de tous types de sujets, dans des endroits où ne nous sommes pas attendus.

Edwige-Renée Dro:

Le Abidjan Lit Collectif est un collectif rassemblant des écrivains [j’ai failli écrire écrivaines parce que pour le moment, nous sommes deux écrivaines dans le collectif, mais les choses pourraient changer – ah, le collectif est plein de surprises et moi j’adore les parenthèses] ; donc des écrivains et des écrivants qui ont une passion furieuse pour la littérature dans tous ses genres [clin d’œil à notre chapitre 2 dont le thème était « Mauvais genres »].

Notre ambition est de rendre la littérature sexy, accessible et démocratique. La littérature n’est pas faite pour les personnes rassasiées, et elle n’est pas faite que pour des personnes qui ont des diplômes, non plus. Le rôle donc du Abidjan Lit Collectif, que je désignerai désormais sous son acronyme de ALC, est de favoriser cette accessibilité.

En quoi consistent les rencontres AbidjanLit ?

Laure GB. :

Les rencontres d’ALC sont des chapitres vivants, co-écrits. Ils ont un titre qui est un thème choisi et préparé par ALC. Lors de la rencontre, on débat, sans protocole autre que celui de bienvenue que nous avons inventé, avec tous les participants : les membres d’ALC, des écrivains, des écrivants, des invités, des lecteurs et non-lecteurs. On impose également le débat online, un autre territoire de conquête littéraire. On partage nos échanges en direct sur les réseaux sociaux, en français, anglais, allemand et espagnol (des langues africaines arrivent). Enfin, on conclut par l’écriture : on reçoit des articles et on partage des annexes.

Sophia EHG. :

Ce sont des moments privilégiés que nous organisons souvent en soirée, durant lesquels on découvre des extraits d’auteurs, on partage ses lectures et ses expériences autour d’une thématique. La soirée est modérée et guidée pas un des membres d’Abidjan Lit qui donne la parole aux lecteurs, aux participants mais aussi aux invités du chapitre.

Cyriac G. :

L’idée est de démocratiser la littérature pour que cette envie furieuse puisse continuer même au delà des rencontres. L’objectif est aussi de révéler des talents et surtout de permettre à la personne qui n’aime pas lire d’avoir envie de lire ne serait-ce qu’un bout de papier. Personne ne sait d’où peut venir le déclic, alors on conseille de lire sans arrêt.

Sarah M. :

Par « démocratiser » son rapport au livre, on entend aussi le décomplexer. Malraux n’avait pas même le BAC, Genet était un délinquant, quant à Kourouma, il n’avait lu que Céline avant de commencer à écrire.

EdwigeRenée D. :

En résumé, les rencontres consistent d’abord à se rencontrer et ensuite à partager nos goûts littéraires.

Membres activistes du collectif, déclinez votre identité!

Sarah Mody

Nous sommes 5 avec chacun un rapport singulier aux textes. Nos différences nourrissent nos idées et projets pour Abidjan Lit. De l’ébullition pour créer de jolies (sic) choses cette année !

Photo de profil de Sarah M.
Photo de profil de Laure B.

Laure Gnagbé Blédou

ALC c’est 5 passionnés. J’en fais partie, moi, Laure Gnagbé Blédou, lectrice insatiable depuis plusieurs décennies, « partageuse » de critiques, prêteuse de livres, finaliste de l’édition 2016 du concours panafricain de nouvelles Writivism. Les chapitres d’Abidjan Lit sont le fruit d’un Collectif et l’incarnation du faire ensemble.

Sophia El Hajaj Gnassounou

Je suis Sophia El Hajaj Gnassounou et je fais partie du Collectif Abidjan Lit. Après avoir travaillé 7 années dans l’édition à la Fnac et pour le Festival International de la bande dessinée d’Angoulême, je développe un réel intérêt pour la bande dessinée et l’illustration. Roman graphique, bande dessinée de reportage, polar … je dévore tout ce qu’on me conseille. La BD est un genre souvent déconsidéré qui trouve très vite une adepte m’étant mise tardivement à la lecture.

Hormis, la bande dessinée, je lis des romans et j’adore les histoires de vie qui me font rêver. Je savoure aussi depuis mon plus jeune âge des textes de théâtre, parmi mes préférés sont les dialogues de Daniel Pennac avec son personnage fétiche Mr Mallausène ou Feydau.

Photo de profil de Sophia G.
Photo de profil de Cyriac G.

Cyriac Gbogou

Je suis Cyriac Gbogou, citoyen africain vivant en Côte d’Ivoire, blogueur et *concierge à Ovillage, un espace de co-working. Il se trouve que je suis le seul monsieur au milieu de ces belles dames furieuses du collectif donc c’est naturellement que de petites jalousies se font remarquer (lol).

Mon affinité avec la littérature date deh ! Quand j’étais petit, je demandais toujours une bande dessinée comme cadeau. A mon adolescence, c’est secrètement que je lisais les aventures de Son Altesse Sérénissime Malko Linge (*connaisseur connaît!).

Aujourd’hui, j’essaie d’en savoir plus sur l’histoire de la Côte d’Ivoire et sur certains monuments africains comme Nelson Mandela, Thomas Sankara, Patrice Lubumba, N’krumah, Cabral pour ne citer que ceux-là. J’ai aussi fais la découverte des éditions Nouveaux Horizons grâce au livre « Le Manager minute » qui élargit mon champ de lecture avec des best-seller américains à moindre coup.

*concierge de Ovillage : dans son français à lui cela signifie : co-fondateur et gérant de Ovillage

Edwige-Renée D. :

Je suis Edwige-Renée Dro, écrivain-traductrice. Mes nouvelles, pour la majeure partie, en anglais, sont publiées chez Bloomsbury, Prufrock, Ankara Press et African Writer.

Je suis lauréate du projet Africa39, qui a désigné avec le Hay Festival et l’UNESCO les 39 voix les plus prometteuses en-dessous de l’âge de 40 du continent africain au sud du Sahara. J’ai été membre du jury du prix New Voices de PEN International et je suis membre du jury du prix Etisalat pour la littérature 2016.

Ma passion est de connecter l’Afrique à travers ses littératures. A cet effet, je suis membre du bureau de Writivism pour l’émergence de nouvelles voix francophones.

Mon premier roman est chez mon éditeur et donc je m’attèle à sa traduction en français et à l’écriture d’un nouveau roman dont le thème… – je n’en sais rien, mais j’adore voir mes personnages m’entrainer dans leurs petites aventures.

J’aime commencer une nouvelle œuvre fictive ; en ce moment, sauf cas de force majeure, je ne prends presque pas de douche : Je suis à mon bureau à 6h et j’écris jusqu’à 14h et je vis au rythme de mes personnages, dans la mesure du possible.

Le Abidjan Lit Collectif est une team vraiment d’or et de diamant. Mon cœur est toujours en joie quand je dois rencontrer cette more-than dream team.

Photo de profil de Edwige-Renée D.

Dictionnaire Nouchi

*connaisseur connaît : issue de l’expression « connaisseur connaît, gaou passe » qui signifie l’averti sait, tandis que l’ignorant passera. Elle peut également renvoyer à l’expression « … que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ».

Quel est votre vœu le plus cher en faveur de la littérature africaine ?

Cyriac G. :

Mon vœu le plus cher est que les livres reprennent leurs places dans les bibliothèques familiales en Afrique. Ne dit-on pas que : « si tu veux cacher un trésor à un africain mets le dans un livre » ? Soyons donc des chasseurs de trésors en faisant de la littérature notre passion. Il faut « qu’à partir de désormais (rires)» nous ne puissions pas hésiter quand on nous pose cette question : « quel est le dernier livre que vous avez lu et c’était quand ?» Bien au contraire ! Que l’on puisse répondre avec beaucoup d’assurance, « vous voulez dire le dernier livre que je suis en train de lire? Le voilà!» Tout en montrant le bouquin.

Pour que ce vœu soit une réalité, il faudrait que les livres soient accessibles à tout un chacun et qu’on puisse les retrouver partout (*garbadrome, au *café aboki, au *kiosque, dans les *gbaka , *woro woro, bus, *agora, au marché, dans les villages…) vraiment partout !

Sarah M. :

Je vais parler de la littérature ivoirienne. L’édition a une marge de progrès incroyable, le nombre de coquilles, de pages qui sautent et les tâches d’impression ne sont pas de bon aloi pour le lecteur potentiel. Et je n’ose évoquer la promotion des écrivains ! Cela m’arrache le cœur de voir certains écrivains de talent, seuls, attablés devant les librairies à quémander l’attention du passant.

Sophia EHG. :

Rencontrer les auteurs qui font la littérature africaine et les valoriser est mon souhait le plus cher. De plus, je souhaiterais voir apparaître plus d’éditeurs sur le continent, des structures dont la littérature africaine a véritablement besoin pour émerger dans nos pays mais également à l’international.

Edwige-Renée D. :

Qu’elle soit bien vendue. Qu’il y ait plus de dialogue entre nous écrivains, écrivants et lecteurs.

Laure GB. :

Qu’elle vive. Fasse vivre. Soit enseignée, reconnue, célébrée, critiquée. Partout.

Dictionnaire Nouchi

*garbadrome : échoppe de vente de street food à base de semoule de manioc et de poisson frit.

*café aboki : échoppe de vente de petits déjeuner.

*kiosque : échoppe de déjeuner sur le pouce. Ce sont nos fast food à l’africaine.

*gbaka : mini car de transport en commun.

 *woro woro : taxi en co-voiturage.

*agora : espace d’expression populaire plébiscité le plus souvent par les étudiants.

Cyriac installe le stand de livres

Crédit Photo : Abidjan Lit Collectif – Cyriac Gbogou 

Quel est votre écrivain fétiche ? (Le grigri de votre table de chevet)

Cyriac G. :

Bernard Binlin Dadié pour son activisme littéraire ou comment faire une révolution avec juste du papier et un stylo.

Laure GB. :

Evidemment, le mot fétiche me fait immédiatement tiquer avec sa connotation ésotérique ! Je n’ai pas d’écrivain modèle mais il y en a beaucoup que j’admire et parmi eux, un certain nombre d’écrivains contemporains que je suis. J’entends par là que je lis leurs créations littéraires et que je les écoute en conférence, autant que je lis leurs interviews et tweets ou posts s’ils sont sur les réseaux sociaux. Je les admire tant pour leur écriture que pour leur façon d’ « être au monde ».

Le premier que je citerai est Alain Mabanckou, @amabanckou sur Twitter et https://www.facebook.com/MABANCKOU, sur Facebook, auteur notamment de Verre Cassé, qui est un de mes livres préférés. Je le lis et relis. Il m’a émue aux larmes lors de sa leçon inaugurale au Collège de France que j’ai suivi le 2 mai 2016, en temps réel sur Twitter.

En plus de ses livres que je dévore, je guette aussi les paroles de Toni Morrison que je rêve d’écouter, « en vrai ». Là sur Facebook https://www.facebook.com/OfficialToniMorrisonAuthor/

Et puis il y a aussi les livres et dires de Chimamanda Ngozi Adichie sur l’écriture, l’identité, la féminité et le féminisme, le racisme, le paraître…

Sans oublier les textes du photograhe ghanéen Nana Kofi Acquah, qui accompagnent ses photos sur instagram (compte @africashowboy). Des mots qui me hantent parfois. Et François Bon @fbon qui écrit, forme, filme, partage…

Aperçu de la bibliothèque d'um membre de AbidjanLit Collectif

Crédit Photo : Abidjan Lit Collectif  – Les livres de la semaine

Sophia EHG. :

L’écrivain et scénariste que j’apprécie tout particulièrement est Marguerite Abouet, étant passionnée de bande dessinée. Je trouve sont travail remarquable sur la série Aya de Yopougon. Il s’agit d’une découverte de toute la génération d’un pays dans les années 70. Une lecture que j’ai appréciée avant de fouler le sol ivoirien.

Sarah M. :

C’est en fonction du jour, là tout de suite, je vais dire Malraux parce que je viens de lire son éloge de Jean Moulin mais hier c’était la Comtesse de Ségur et avant cela Amin Maalouf et Kourouma.

Edwige-Renée D. :

Fétiche ????? Mais, JolieVille, c’est quoi cette affaire ???? J’ai beaucoup de respect pour nos ancêtres et quand le besoin se fait ressentir, je n’hésite pas à leur donner un peu de gin, mais si je dois donner encore du gin à des écrivains sous prétexte qu’ils sont des fétiches, on va où ? Y a pas assez de gin et autres boissons alcoolisées pour moi (rires).

J’aime Maryse Condé, Ahmadou Kourouma et Alain Mabanckou, mais je n’ai pas d’écrivain fétiche, ni modèle.

Voilà qui nous donne une meilleure lecture de ce qu’est #AbidjanLit et de son Collectif. Dans un prochain article je vous dévoilerai leur bibliothèque et leurs livres préférés, avant de vous embarquer dans le prochain Chapitre 3 !

En attendant, voici un aperçu du premier épisode.

Ne ratez pas le prochain chapitre de AbidjanLit, le vendredi 17 février 2017

Affiche de la rencontre AbidjanLit chapitre 3

Pour y assister c’est >> ici

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